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Victime de la mode, tel est son nom de code... La Fashion Week suédoise n’aura pas lieu ! Djemilove

Stockholm renonce à sa Fashion Week pour envoyer un message fort sur l’urgence de mieux préserver la planète. Il faut dire que l’industrie du textile est la deuxième industrie la plus polluante, après celle du pétrole... sans parler de son coût humain. Décryptage des ravages de la "fast fashion".

Elle devait se dérouler à Stockholm du 27 au 29 août, mais la Fashion Week suédoise n’aura pas lieu ! Le Conseil de la mode a décidé d’annuler l’événement pour dénoncer la pollution massive générée par l’industrie du textile, deuxième industrie la plus polluante du monde ; et ce à cause du phénomène de la "fast fashion" (mode jetable) favorisé par la mondialisation économique.

En quinze ans, la production mondiale de vêtements a doublé. A l’heure où le réchauffement climatique commence à sérieusement à se faire sentir, elle engendre toujours 1,2 milliards de tonnes de CO2 par an et utilise 4% des ressources mondiales d’eau potable. Sans parler des conditions de travail derrière cette production textile gargantuesque, révélées notamment par la catastrophe du Rana Plaza au Bangladesh le 24 avril 2013, lorsque l’effondrement d’un immeuble abritant plusieurs ateliers de confection fit 1135 morts et 2000 blessés. Éclairages, à l’aide de quelques émissions de France Culture.

Aux origines du sous-traitement de la fabrication textile Malgré tous les efforts de l’ancien ministre Arnaud Montebourg en 2012 pour promouvoir le "made in France", 70 % de la production vendue en France continue de venir d’Asie du sud-est. Pas moins de 140 milliards de vêtements sont produits dans le monde chaque année : un chiffre qui a quadruplé depuis 1980 ! Pour quelles raisons ? Dans l’émission "De cause à effets, le magazine de l’environnement", en avril 2019, Aurélie Luneau posait la question à la sociologueMajdouline Sbai, spécialisée en environnement et membre du collectif "Ethique sur l’étiquette" :

Dans les années 1990, des entreprises comme Nike décident de garder leur siège avec la création, le marketing et la communication dans un pays du Nord. Et ils choisissent de sous-traiter la fabrication dans un pays du Sud pour obtenir les meilleurs coûts de revient, et des produits moins chers qui sont réalisés plus rapidement. Ce mouvement est suivi par d’autres marques, d’autres enseignes, et dans le même temps la production mondiale de produits de mode et d’habillement explose, et c’est ce qui a construit cette industrie de la mode telle qu’elle est organisée aujourd’hui.

Dans les années 2000, cette compétitivité croissante s’accélère encore. Les marques ne jurent plus que par le renouvellement permanent de leurs collections, aussi appelé "fast fashion" :

Des entreprises comme Zara déclaraient il y a encore peu proposer 40 000 modèles par an, pour que les gens aient envie de revenir tout le temps au magasin. Et ensuite on active le levier du "discount" permanent, de la solde permanente, du rabais permanent. Tout cela a pour conséquence de créer une course folle pour les entreprises et les consommateurs, une saturation du marché, et finalement une perte de valeur de ce qu’est un vêtement. Parce qu’un vêtement acheté à petit prix, produit dans des conditions que l’on connaît depuis le Rana Plaza, peut perdre toute valeur aux yeux du consommateur. Alors qu’un vêtement nécessite l’extraction de ressources naturelles, des phases de transformation nombreuses...

Du vêtement survalorisé, au vêtement jetable...Suite