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Un soir à l’Opéra... Djemilove

Il arrive parfois, rarement, que l’émotion d’un spectacle vous submerge au point qu’au moment où le rideau tombe les larmes vous viennent aux joues. Mais on ne s’attendait pas à vivre ces débordements pour le retour à Garnier, le 8 septembre dernier, d’une production du « Capriccio » de Richard Strauss que Renée Fleming avait beaucoup pénalisée il y a quelques années à force de hurlements et d’hollywoodismes intempestifs. C’est pourtant une salle chavirée de bonheur qui a salué le talent de l’admirable soprano Michaela Kaune, le chef Philippe Jordan et une distribution sans aucune fausse note. Le dernier opéra de Strauss, créé en 1942 à Munich, reste une œuvre unique : impossible à rendre au disque, cette conversation en musique est une mise en abyme du spectacle lyrique et de la tension qui le porte, entre poésie et musique. Avec cet opéra dans l’opéra, hanté par l’idée du beau et le sentiment de la mort prochaine d’une forme périmée et du monde qui s’y attache, on voyage au pays du « Mépris » de Godard ou du « Carosse d’or » de Renoir. Kaune, qui fait ses débuts à l’opéra de Paris, possède LA voix de la comtesse. Elle est straussienne jusqu’au bout des notes : poignante, puissante, élégante. Elle est juste. Que dire de la direction de Philippe Jordan, qui embrasse l’œuvre de toute la largeur de son envergure : on admire autant l’autorité de sa baguette, que la rigueur et la souplesse avec lesquelles il entraîne l’orchestre de l’opéra de Paris au sommet de son art. La mise en scène de Robert Carsen et les décors de Michael Levine tirent tout le parti possible du plateau de Garnier. Carsen, loin de se contenter de montrer « l’envers du décor », axe “son” Capriccio dans toute la profondeur de la scène. Quand le rideau tombe pour la scène de Monsieur Taupe puis se relève sur sa copie exacte qui elle-même, à mi parcours de la première, se met à monter aux cintres, Carsen donne véritablement à voir tout le génie du Strauss des dernières années. « Éblouissant Capriccio » a twitté Pierre Bergé à l’issue de cette soirée mémorable. On ne saurait mieux dire.

Thomas Doustaly

Capriccio, de Richard Strauss. Palais Garnier, jusqu’au 27 septembre. Contact : 08 92 89 90 90. http://www.operadeparis.fr