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Un Paris sans Sida : Michel Simon ! Djemilove

MICHEL SIMON LINK

PARAMOUR Le Bal

Je suis très très ému de partager cette soirée avec vous tous ce soir même si parfois je me demande « mais qu’est ce que je fais ici sous les dorures et les cristaux de ce palais de la république » j’habite un petit village de 250 habitants sous le soleil des Cévennes

Quand je me suis engagé dans la lutte contre le sida il y a environ 25 ans, c’était à Aix en Provence ou je venais d’arriver pour y co-fonder une entreprise de communication. C’était fin 93 à aides, dans une période terrible de l’épidémie qu’on a qualifié depuis d’années de cendres.

C’était l’époque ou le travail des militants associatifs était de promouvoir la prévention et de soutenir les personnes malades à domicile ou a l’hôpital. Les médecins n’avaient pas de solution efficace, et on ralentissait l’évolution de la maladie avec de l’AZT, et puis on accompagnait les personnes comme on pouvait. à faire des courses ou à cuisiner quand la fatigue était trop forte, à remplir des papiers administratifs quand la cécité apparaissait, à poser du fond de teint pour masquer les traces du kaposi sur la peau pour ne pas effrayer son entourage, à trouver quelque chose à manger quand plus rien ne passait, … à être moins seul à l’hôpital quand plus personne n’était là, … à partir aussi.

Et puis en 96 grâce à la recherche et à l’industrie pharmaceutique, les trithérapies sont arrivées et les presque morts sont sortis de leur lit ; d’un seul coup, la vie qui quittait ces corps devenus squelettiques y revenait. C’était tout bonnement incroyable.

Alors à un moment on a cru que c’était fini. Que tout le monde savait qu’on pouvait se protéger avec les préservatifs et que la maladie n’était plus mortelle.

Mais rien n’est aussi simple dans la vraie vie.

Faisons un grand bon de 10 ans en avant (je saute des épisodes sinon on y est encore demain matin.) 2008 les chercheurs nous confirment ce que nous pressentions, ce que nous constations autour de nous : une personne avec une très faible charge virale ne transmet pas le virus. Une vraie révolution dans le regard sur les personnes séropositives et une vraie libération pour elles : avec une charge virale indétectable et contrôlée : aucune transmission. Et c’est aussi qu’on a posé les bases d’une stratégie pour l’éradication de l’épidémie : dépister toutes les personnes porteuses du virus, leur proposer un traitement qui leur convient et éteindre ainsi le circuit de transmission.

(U = U I = I)

Et peu après : deuxième révolution : là aussi a partir des pratiques constatées : si le traitement fonctionne en post exposition (le fameux traitement d’urgence a prendre dans les 48h après une prise de risque), il doit marcher aussi en pré-exposition. Et les chercheurs puis l’expérience nous le confirment : le traitement pré exposition (la PrEP) fonctionne réduisant encore plus efficacement que le préservatif le risque de contamination.

On se dit ça y est cette fois c’est bon on va en finir avec cette épidémie

Mais rien n’est aussi simple dans la vraie vie.

Faisons maintenant un nouveau bon en avant d’une petite dizaine d’années. Nous sommes en 2017. Un des membres de Link me dit qu’il a rencontré un jeune homme étonnant et qu’il faut qu’il me le présente. C’est la période ou tous les mois, au moins deux personnes demandent à rejoindre notre organisation. Je rencontre donc ce garçon que nous appellerons Gabriel. Il a 25 ans et il est cadre dans une start-up très dynamique. Et rapidement il me raconte son histoire. Il y a quelques mois il était très fatigué, il mettait ça sur le compte de son activité professionnelle. De plus en plus fatigué il a du consulter en urgence, et là le diagnostique tombe : « monsieur vous êtes en train de développer un sida ! » Il ne pensait pas avoir vraiment pris de risque. Et pourtant bim : « c’est pour ma gueule ! » (comme il dit). Pour corser l’affaire, un médecin hospitalier par une indiscrétion coupable informe son employeur qui le licencie « pour son bien » « pour qu’il ait le temps de se soigner », « parce qu’il pourrait ralentir l’équipe de travail », enfin parce qu’en ce moment on n’a pas besoin de qq qui va tomber malade…

Je vous rassure après avoir changé une ou deux fois de traitement aujourd’hui il est stabilisé, sa CV est indétectable, il a un nouveau boulot et à même rencontré son amoureux. Aujourd’hui il fait parti de la cinquantaine de personnes qui animent LINK et il a contribué à préparer cette soirée pour vous, car nous ne voulons pas que des situations comme celle là puisse se reproduire à l’infini, parce qu’il est temps que cela cesse.

Alors, même si parfois je doute, oui, je sais ce que je fais là Parce que rien n’est simple dans la vraie vie, et qu’il faut se battre sans cesse.

Il y a dix ans nous étions 15 entrepreneurs ou cadres dirigeants à créer Link pour une vente d’art et un diner de levée de fonds autour du 1er décembre afin de financer les dépistages rapides communautaires du VIH.

Rapidement nous nous sommes dit qu’il fallait en faire plus parce que la lutte a besoin de plus de moyens et de plus d’acteurs. Ce bal ça fait 5 ans qu’on en parle, qu’on en rêve. Avec Donald Potard qui était déjà en lien avec Géry Keszler pour avoir contribué aux premières années du Life ball de Vienne avec Jean-Paul Gaultier, nous avons rêvé de lui créer un petit frère parisien. Gery nous a dit faites-le, je vous aiderai. Et voilà nous y sommes.

Depuis 6 mois, autour de notre toute petite équipe de permanents (Laurent, Céline et Cyril, ) se réunissent aussi tous les mardi sur leur temps libre Henry Van Melle, Marty de Montereau, Yves Mirande, rejoints assez vite par Ibrahim Tarouhit et Jessé Raymond lacroix.

Et nous voilà ce soir réunis dans ces magnifiques salon de l’hôtel de ville de Paris, dans cette maison commune des parisiennes et des parisiens que madame la maire nous ouvre ce soir, et par la magie de cette soirée scénographiée par Hakim Ghorab, accompagné par les équipes de Jean-Benoît Fournier, Patricia Vincent et Aquilà que je remercie sincèrement pour leur soutien et leur engagement puissant.

Créer un évènement comme celui là, je n’avais même pas imaginé à quel point cela demanderait de travail et de compétences, sinon je n’aurais sans doute jamais lancé ce projet. Il y a ce soir près de 200 personnes artistes et techniciens qui se sont mobilisées pour cette réalisation. Ils ont apporté généreusement leur contribution. J’ai découvert des métiers dont je n’avais même pas soupçonné l’existence. Alors je ne peux pas tous les citer mais ils ont fait un boulot monstrueux et ont produit l’énergie super positive qui anime la soirée.

Je ne vous parlerai pas de tous les artistes qui ont cru en cette soirée, qui sont là et qui vont danser et vous faire danser. Christine vous les présentera dans un instant. Mais ils ont cru en nous quand il y a six mois nous sommes venus les chercher et que personne n’y croyait.

Et puis alors plus incroyable encore, je veux vraiment remercier nos mécènes. Vous le savez sans doute quand vous créez quelque chose de nouveau au début personne n’y croit. La plupart des gens pensent qu’on n’y arrivera pas ou que ca ne marchera pas (un peu comme pour la prep vous voyez). Alors je veux remercier ceux qui y ont cru dès le début et qui nous ont suivi : le laboratoire GILEAD en premier, et puis ACCENTURE, et puis comme ce n’était pas suffisant, des mécènes privés nous ont rejoint (dont Mikael, Jean-Philippe, Alexandre, Jean-Bernard, et quelques autres). Un grand merci a eux tous.

D’ailleurs si certains d’entre vous veulent rejoindre nos charity angels de ce soir, être de ceux qui pourront dire a leurs petits enfants j’y étais, (pas a la bataille des pyramides, mais de ce combat là) –vous pouvez encore nous rejoindre, venez me trouver dans un moment à coté de nos cupidons d’un soir je vous réserverai le meilleur accueil.

Ce bal a été crée avec un tout petit budget par rapport aux couts réels qu’il aurait du engendrer. On a voulu baptiser ce bal parisien au champagne bien sur. Et c’est Piper Heidseik qui s’est proposé pour nous offrir cette merveilleuse boisson. Alors il y a deux mois on s’est dit que nous n’aurions pas le budget pour offrir un buffet et que nous n’ouvririons alors qu’a 21h, et puis nous avons trouvé le merveilleux Alain Cojean qui a tout de suite dit oui, je soutiens cette lutte et j’offre le buffet pour tous vos invités (pensée Alain sur son lit d’hôpital) Voilà, ce bal il est la conjonction de toutes ces mobilisations et de la votre en prime.

Alors oui, je sais ce que je fais là Parce que rien n’est simple dans la vraie vie, et qu’il faut se battre sans cesse.

Car ce combat se gagnera par l’engagement personnel, souvent discret, mais toujours décisif de vous toutes et tous, entrepreneurs, cadres dirigeants, grands mécènes, qui contribuez bien plus que financièrement en manifestant dans votre entourage familial ou professionnel les valeurs qui nous sont chères. Ces valeurs : solidarité, altruisme, générosité par amour de vos proches, collègues, famille, conjoints, par l’accueil, le soutien, et l’inclusion dans les milieux professionnels, vous en faites preuve tous les jours, et de manière exemplaire propageant ainsi la dynamique vertueuse qui permettra la fin des nouvelles contaminations.

Lever des fonds privés pour cette lutte est primordial, aujourd’hui plus que jamais, si nous voulons, à l’exemple des résultats démontrés à San Francisco, New York, Londres ou Sydney, faire baisser enfin l’incidence de l’épidémie dans notre pays.

Les fonds collectés financeront avec « Vers Paris Sans Sida » les actions de dépistage et de prévention diversifié les plus efficaces au contact des publics les plus exposés.

Nous avons intitulé ce bal : Paramour, et l’avons organisé ici à Paris, Paris ville de l’amour, ville des amoureux, ville très engagée dans l’inclusion, et leader du mouvement des « fast trak cyties », pour que les nouvelles générations n’aient plus à associer Amour avec Danger ou Risque, mais avec Partage, Don, et Solidarité.

Si nous sommes réunis ici ce soir, ce n’est pas par hasard, c’est parce que cette maladie à un jour ou l’autre bousculé nos vies. Que nous ayons été meurtris dans nos chairs, ou que nous ayons perdu des êtres chers, une fils, un frère, une sœur, un ami, un amant, un ou une collègue, nous avons été touchés dans notre intimité. L’amour que nous portons à nos proches à déclenché en nous la nécessité de nous investir parce qu’il n’est d’autres véritable richesse que cet amour là. Cette émotion, ce sentiment est si puissant qu’il nous invite à agir pour que, ensemble, nous écrivions l’histoire de la fin du sida.

Et maintenant, par amour de la vie, dansez pour la vie