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Le Smoking Dior ! Djemilove

Nous étions donc chez Dior ce vendredi après-midi, ou plus exactement dans la grosse « boîte blanche » construite pour l’occasion devant la cathédrale Saint-Louis des Invalides. S’y pressait la foule des grands jours, qui venait assister à la première collection de prêt-à-porter de Raf Simons pour Christian Dior. Puisqu’il fallut attendre, on eu le temps de penser que, bazar pour bazar, la vanité ayant vaincu la charité, et les célébrités fugaces les quartiers de noblesse, si ce frêle édifice de bois stuqué se mettait à cramer comme le Bazar de la charité en 1897, il y aurait bien plus de 129 femmes sur le carreau mais bien moins d’altesses royales ou de princesses de Bavière. Nous retenions la larme qu’avait fait monter à nos joues l’effroyable vision des plus jolis barbus du circuit de la mode immolés dans la même fournaise que Bernadette Chirac, quand vint enfin la première fille. Elle était triste hélas, et elles le seraient toutes à sa suite. Elle avait l’air sérieux de qui pense à l’argent, et c’était sans doute de cela qu’il s’agissait en vérité : pas de choc esthétique, peu d’émotion, beaucoup d’allure certes, mais c’était bien le moins. Après cinq variations puissantes sur le smoking, on eut comme une dépression stylistique avec quatre passages où dominait un organza métallique multicolore qui sonnait à nos yeux comme ces plastiques irisés dont on fait les décors de télévision. Passée cette inexplicable embardée, Raf Simons déployait son talent en d’exquises couleurs. Là une robe bustier en guipure jaune et rose portée sur un short noir, ici une robe « ligne A » en tulle chair, qui n’avait rien du RER puisqu’elle était brodée de rose et de bleu, ailleurs des transparences, et toujours et partout des lignes construites et nettes. Les souliers étaient hauts, mugleriens si l’on ose dire, et pointus comme des dards. Aux dernières notes lancées par Gaubert, et tandis que montait un murmure d’applaudissements mécaniques, on se posait – découragé par avance – la question du sens : de quoi nous avait-on parlé ? On ne le saurait pas. Il n’y avait pas d’histoire. Tournant le dos aux restes d’un Empereur dont elle ne connaissait probablement plus rien, la nouvelle « haute société » remontait en voiture comme elle était venue : muette et souriante. Mille Mercedes noires se bousculaient au portillon, et la place Vauban, comme en hommage au Grand Siècle, était toute emplie de soleil.

Thomas Doustaly