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Saint Laurent et son double. Djemilove

« Saint-Laurent » est un évangile apocryphe qui rompt délibérément avec l’hagio(bio)graphie pour mettre à nu YSL, couturier et martyr.

Les nuits au Club 7 et chez Castel, le verre à la main et la poudre au nez, le sexe fait de rencontres des Tuileries ou Gare de Lyon avec Ali ou Claude…, sont là comme l’envers indispensable, joyeux et cruel des collections et du succès. Les affres de la création, les gouffres de la dépendance et les émois amoureux sont entrelacés dans une (dé)construction fragmentée qui, en trahissant la chronologie convenue, rend hommage au créateur de génie à travers une fidélité d’abord esthétique et visuelle à son œuvre : dessins, modèles, décors, photos (Newton, YSL nu), lieux (l’avenue Marceau, Marrakech) mais aussi split-screen à la Mondrian qui viennent magnifier un défilé ou rendre compte de la concomitance révolutionnaire de l’Histoire et de la mode.

Gaspard Ulliel est saisissant de fragilité, de délicatesse, de névrose, d’égocentrisme et d’arrogance, entouré de ses muses (Betty Catroux (son double), Loulou de la Falaise) et de ses bons et mauvais anges (Bergé, de Bascher ), sans qu’on parvienne d’ailleurs bien à les distinguer.

Bonello revisite donc avec bonheur (mais le mot convient bien peu) le genre du biopic comme YSL revisita la mode, en s’affranchissant des règles pour tout réinventer. Il parvient à dire à la fois l’homme réduit aux trois lettres de son nom, symbole d’un extraordinaire succès créatif et commercial et l’homme usé par la névrose et les cigarettes, seul avec son chien Moujik, 4e du nom, dans son grand appartement-musée ( pathétique autant qu’ émouvant Helmut Berger en YSL vieillissant).

Allociné

JMG -DjemiLove