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Neil Young, un bison dans la prairie des Vieilles Charrues Djemilove

Neil Young est descendu des cieux crépusculaires et torturés de la prairie de Kerampuihl pour le rendez-vous rock désormais légendaire des Vieilles Charrues 2013, samedi 21 juillet 2013.

Le bison canadien est apparu tout de noir vêtu, sans sa chemise indienne ni son habituel uniforme de confédérés, la crinière est toujours aussi folle mais domestiquée par un élégant chapeau noir. Les trois complices vétérans du " Crazy Horse ", Ralph Molina, Billy Talbot, Franck Sampedro, suivent le sillage du grand sorcier vouté !

Le ciel frémit , les nuages se déchirent mais ne s’ouvrent pas, la chaleur est étouffante et soudain le tonnerre gronde, celui des plaines du "’Phare Ouest". La lune pâlit, les cataractes du ciel ne viendront pas d’en haut mais de la scène Glenmor : le "Loner" patibulaire, au regard de tueur (Celui de "Cortez the killer !" ) , au sourire avare fait exploser sa superbe voix nasillarde reconnaissable entre toutes. La Gibson hurle presque aussi vénérable que lui, du haut de ses 67 printemps. Le batteur impose un beat infernal, venu des sombres séjours chthoniens. Les rifts mélodieux cadencent la litanie des manches de guitare et les Dieux sont rassasiés ! Quelques larmes divines tombent sur la terre brûlante, le Très - Haut est satisfait de cet ange luciférien !

Neil Young, on le sait, un mélancolique, un Phoenix au physique massif, un sorcier qui fait pleurer le ciel, sangloter les muses de son folk rugueux , terriblement addictif et violent.

Un set de plus deux heures oscillant magistralement entre une reprise dévastatrice de Bob Dylan, "blowin’ in the wind ", faisant oublier la piètre prestation de ce dernier, l’an passé, le mythique "Rockin’in the in a free world’, " Rust never sleeps", quelques standards : l’inoxydable "Heart of Gold", le tonitruant "Love and only love"... Un seul titre de "Harvest" !

Parce que Neil Young n’est jamais là où on l’attend : samedi, ce n’était pas le barde folk à l’harmonica rivé au col, venu satisfaire les nostalgiques de Crosby, Still, Nash and Young, non ! Il s’agissait cette fois de celui à qui Curt Cobain avait rendu hommage dans sa lettre testamentaire rédigée à l’adresse du sombre et taciturne pape du Grunge . Ses émules sont morts avant la légende. Dans cette nuit sacrée, on aurait pu craindre la nostalgie hippie mais c’est un rituel électrique et somptueux de beauté , de justesse, de jeunesse éternelle, un cérémonial sans protocole éculé. La joie intérieure du mufle était manifeste quoique discrète !

Le public de quinquas et sextas grisonnants se liquéfie , les jeunes gens se taisent devant le monstre qui crache son feu dans la prairie encore verte, tous en redemandent : Neil " forever " Young revient et le rappel dure une heure, enchainant les performances de 15 minutes !

"The rock never dies" se plaisait à dire l’officiant natif de Toronto, devant la jeune génération des Punks qui le fustigeait en le qualifiant de dinosaure à la fin des seventies !

Or, "Le buffle souffle encore" dans ses naseaux fumants, l’écume d un rock puissant, musclé et plus que jamais vivant !

Les généreuses moissons du ciel sont fauchées.