Accueil du site > Djemilove > La légion d’honneur pour Alain Touraine, une distinction méritée pour un homme (...)

La légion d’honneur pour Alain Touraine, une distinction méritée pour un homme distingué ! Djemilove

Mon ami le sociologue Alain Touraine, père de Marisol, actuelle ministre des affaires sociales, est nommé à la promotion de Pâques 2014 au titre de Commandeur de la Légion d’honneur. Cette institution fondée le 19 mai 1802 par Napoléon Bonaparte est chargée de décerner la plus haute décoration honorifique française. Elle récompense depuis ses origines les « mérites éminents » militaires ou civils rendus à la Nation.

A ce titre, j’ose associer mon humble voix à ceux qui se féliciteront de cette décoration survenue à l’âge de 88 ans, ponctuant une œuvre de 65 années de recherches en sociologie, et la publication plus de quarante livres qui ont déjà fait l’objet de plus de 200 traductions, plus de vingt doctorats "honoris causa", une élection dans de nombreuses académies ( Europe, Etats-Unis, Brésil, Mexique, Espagne, Chili, Argentine, Pologne…)

Parce que c’est d’abord un couronnement au sens d’achèvement c’est-à-dire de « couronnement théorique de son œuvre ». C’en est un incontestablement, et dans tous les sens de cette expression. D’abord au sens architectural du terme, puisque cet titre vient parfaire l’édifice d’une œuvre sociologique abondante et stimulante puisqu’en ré-abordant nombre de ses apports théoriques, son dernier ouvrage, La Fin des sociétés, ( au Seuil, septembre 2013) aux allures testamentaires, l’éminent chercheur actualise l’un des concepts-clés de l’œuvre du sociologue, c’est-à-dire "le Sujet". C’est en tout cas ce concept qui constitue le principal legs que Touraine nous transmet et qui permettra encore de nombreuses analyses sociologiques à sa suite...

A ce sujet justement, il me confiait intimement lors de la sortie de l’ouvrage dans un article destiné à être publié sur son blog : « J’ai l’impression que mon ouvrage, La Fin des sociétés, qui sort dans quelques jours aux éditions du Seuil est mon premier livre. Les autres, tous les autres, furent des travaux préparatoires. Et le livre nouveau en annonce beaucoup d’autres mais que je n’écrirai pas parce que la mort m’en empêchera (…) Je lance un appel dans tous les continents pour que s’écrivent les livres qui devraient venir après celui qui paraît maintenant, rédigés par des auteurs nouveaux ou renouvelés. Je souhaiterais qu’ils les écrivent à la manière des Cultures et des Histoires dans lesquelles ils ont appris à penser et à écrire. » 

J’ose croire pour ma part que la mort ne prendra pas mon fidèle ami de si tôt comme il l’annonce avec tant d’alarmisme, de lucidité et en de facétie malicieuse. Cet homme est non seulement un grand héritier des Lumières, une Humaniste consacré qui n’a jamais galvaudé un concept à qui il fait honneur quotidiennement et humblement en mettant ses actes en conformité avec ses mots dont ils s’est tant méfié pourtant.

Je lui décerne la palme de l’amitié, de la constance de l’intégrité et de la générosité le sens du partage, un incroyable sens de l’humour et de l’humilité.

Les co-nommés à la Légion d’honneur ne devraient pas lui déplaire : la physicienne Catherine Bréchignac, tout comme Martin Karplus, prix Nobel de chimie, récompensé en tant qu’étranger résidant en France. Lui qui a toujours défendu le savoir, la recherche et la connaissance au profit certes des innovations technologiques susceptibles de créer de la croissance, mais que jamais les premières ne soient inféodées aux secondes, sous la tyrannie de la spéculation financières et aux dépens de l’investissement !

Puissent les Dieux de l’Olympe politique et les titans du Capital entendre ce penseur visionnaire « éclairé » par la voix d’une distinction honorifique pour mon ami vraiment distingué !

Djemila Khelfa