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"J’veux du soleil " : Le « Printemps jaune » de François Ruffin... Feuilleter

Le « Printemps jaune » de François Ruffin

« J’veux du soleil » , le film documentaire de Francois Ruffin et Gilles Perret ( sortie officielle le 3 Avril 2019) était présenté en avant – première au cinéma « Les Korrigans » , vendredi 22 mars à Guingamp, Côtes-d’Armor ( 22), département peu réputé pour ses rayons ardents…Et pourtant, ce soir-là dans la salle obscure , des poignards de lumière s’affichaient en jaune fluorescent !

Grand moment de partages fraternels et de témoignages poignants dans le débat qui a suivi le film et qui révèle la bien vivante détermination d’un soulèvement populaire face à la « désintox » et la propagande d’Etat qui tentent par tous les coups bas d’en discréditer la légitimité et la pérennité pourtant promise à l’obsolescence puisque nous en sommes ce samedi 23 mars au XIXème acte.

A entendre les échanges verbaux et les humbles propositions démocratiques, dans un respect de la parole entre participants du débat qui a succédé à la projection du road trip popu , on se demande bien de quel côté se trouve la violence symbolique et réelle.

Dans un scénario réaliste mené tambour-battant, conçu et rythmé comme un road movie par celui qui se trouve à la fois au volant de son Citroën Berlingo, filmé par son complice co-réalisateur Gilles Perret , le député LFI de la Somme est allé en décembre 2018 à la croisée des carrefours du nord au sud, rencontrer les oubliés de la désormais « France périphérique » pour reprendre le qualificatif du géographe Christophe Guilluy.

Le montage cut percutant fait entendre une parole qui redonne existence aux invisibles et aux inaudibles qui depuis 20 ans se contentaient de chuchoter au fond de leur cuisine, pétris de honte devant le frigo vide , ou pire devant la queue des stands du Secours Populaire pour enfin oser sortir dans la rue, hurler leur colère publiquement. Les mots et maux des humbles , les murmures étouffés du petit peuple de France étranglé par les dettes et qui peine à finir ses mois viennent contrebalancer , par un habile et haletant découpage, la violence et la morgue des propos de président jupitérien qui n’en finit pas de multiplier les mises en scène et se confondre en excuses télévisuelles faussement mortifiées de Tartuffe grimacier, les mains solennellement posées sur le lutrin élyséen, dissimulé sous le manteau de la sacro-sainte religion de la « transition écologique » pour ériger sa statue de petit despote en stuc néo-libéral, fossoyeur acharné d’une plèbe constituée « d’analphabètes, illettrés, fainéants , alcooliques, haineux » et – ô crime des crimes – qui « n’ont pas réussi à trouver du boulot en traversant la rue ! ».

Sous l’œil à la fois acéré et compassionnel de la caméra de Ruffin et Perret, on voit, on entend enfin ces manants, ces va-nu-pieds, ces soi-disant « factieux » assoiffés du sang bleu des compagnies de CRS dont la force est non pas la haine mais l’humour, le rire , la distance salvatrice, l’autodérision salutaire, l’empathie pour leurs congénères de souffrance, la tendresse infinie qui confine à la fraternité exemplaire face aux pontifiantes saillies blessantes et violentes de notre souverain solaire qui ne semble pas entendre, comme son lointain prédécesseur Louis XVI qui en 1789 demandait s’il s’agissait « d’une jacquerie de plus ? » s’entendait répondre par ses conseillers « Non Sire, ce n’est pas une révolte mais une Révolution , Monseigneur ! »

Après « Merci patron ! » césar en 2016 du meilleur film documentaire, on fredonnera une autre antienne début avril : « J’veux du soleil » ( titre du trio Au p’tit bonheur, 1992) ! Les Gilets Jaunes ne se tairont pas, ne cèderont pas à la violence, à la provocation des « sentinelles » de l’armée et des « BRAV » ( Brigades de Répression Anti- Violence ) – on hallucine !

Cette insurrection populaire et non pas populiste n’est pas dupe du discrédit qui s’abat sur elle à chaque scène de violence relayée allègrement en boucle par BFM-TV, exactions commises par des « black blocs » étrangers au mouvement, sous les yeux complaisants des « forces de l’ordre » étonnamment passives devant l’ultra-violence de ces groupuscules samedi 16 mars sur les Champs-Elysées et dont les porte-paroles des GJ se désolidarisent parce qu’ils en sont les premières victimes propitiatoires.

Le printemps sera jaune ! Et le festival de Cannes arrive ! Un second « césar » serait symbolique pour François Ruffin. Les rois devraient toujours se méfier des bouffons, de ceux qui n’ont jamais été des visiteurs du soir, de ces préposés à l’oligarchie du CAC 40 qui assistent au coucher du souverain, mais ils sont de ceux qui attendent patiemment depuis 20 ans , la tombée du Grand Soir !

Yann:un GJ parisien en voie d’extinction !