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Hommage de la Cinémathèque à Jacques Kebadian Djemilove

JACQUES KEBADIAN, SECOURS ROUGE DU CINÉMA

« S’il était vrai que ce fait de nourrir un étranger se rencontrât dans toute la Nature et eût le caractère d’une loi générale – bien des énigmes seraient résolues. » Goethe (1827), cité par Pierre Kropotkine in L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902).

C’est l’une des plus belles et gratifiantes biographies de cinéaste : un tract en trois feuillets ronéotypés, daté du 15 novembre 1970. « Le Comité du Secours Rouge du Cinéma proteste violemment contre la manière arbitraire dont la police a présenté à la presse l’arrestation de Jacques Kebadian, le cinéaste qui a été l’assistant de Robert Bresson, qui a collaboré avec J.L. Godard, et qui a pris une large part à la création des États Généraux du Cinéma en Mai 68. C’est depuis cette date que, cinéaste révolutionnaire, il décide de se lier plus concrètement au combat de la classe ouvrière. Il s’intègre à la lutte, il le fait comme ouvrier des usines Valentine, militant contre les conditions de travail inhumaines réservées aux ouvriers de cette usine : intoxication par vapeurs de soude, maladies mortelles, ’accidents du travail’, polices patronales. Tout cela pour 3,40f de l’heure pour les travailleurs immigrés, et entre 4f et 4,70f pour les travailleurs français. Intellectuel militant révolutionnaire, il avait considéré que l’action politique menée dans une usine devait être la suite logique – une logique populaire et non bourgeoise – de son combat cinématographique. Il fut chassé de l’usine avec d’autres militants qui distribuaient des tracts, il est, depuis le 25 septembre, écroué à la Santé sous le régime des condamnés de droit commun. » En octobre, Jacques Kebadian est condamné à 2 mois de prison avec sursis. Vingt ans après, en mars 2000, il se voit condamné pour « vociférations » contre la police. Tout cinéphile ayant rencontré le très élégant et doux Jacques Kebadian ne peut manquer de sourire. Tout spectateur du Remords, malicieuse parabole de René Vautier sur la lâcheté des cinéastes français face à la guerre d’Algérie et au racisme (1973), appréciera les circonstances de l’interpellation : « lorsque des agents de la force publique s’en prennent sous ses yeux à un individu d’origine africaine, Kebadian met fatalement son grain de sel. ’Un policier m’a dit : ’Circulez !’ ’Mais j’ai parfaitement le droit d’assister à la scène !’. Le Black de la rue Montorgueil n’est finalement pas le voleur à la tire recherché. ’Pour éviter de rentrer bredouilles à la maison’, dit le cinéaste, les policiers le verbalisent. » (Renaud Lecadre, Le Monde du 18 mars 2000). Les jeunes gens dans Albertine (1972), les sans-papiers D’une Brousse à l’autre (1997), les Indiens zapatistes de La fragile Armada (2003), la classe ouvrière, le lumpenprolétariat, les exilés, Jacques Kebadian se poste aux côtés de tous les opprimés, aussi désespérée et inégale soit la lutte. Ne jamais se résigner, surtout pas à la disparition : une longue série de films consacrés à l’Arménie avant et après le génocide de 1915 ponctue un trajet qui se caractérise avant tout par ses nombreuses fidélités. Fidélité aux origines arméniennes, collaborations au long cours avec d’autres créateurs (Jean-Robert Ipoustéguy, Pierre Guyotat, François Marie Anthonioz, Patrick Bouchain...), constance du travail avec d’autres cinéastes (Franssou Prenant, Serge Avedikian, Joani Hocquenghem...), assiduité à bâtir une galerie de portraits de femmes exemplaires (Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Chouchan Kebadian et ses soeurs, les danseuses Apsaras du Cambodge...). Là où guerres, massacres et violence économique les ont arrachés, les films de Jacques Kebadian tissent et retissent les liens de la fraternité, de l’amour et de la création artistique (danse, architecture, littérature, peinture). Reconstruire, préserver, écouter les survivants, traverser le temps grâce aux traditions populaires, observer comment se cristallise la vie grâce aux oeuvres savantes ou spontanées, transmettre la rumeur et les idéaux des peuples au combat : le travail de Jacques Kebadian affilie le cinéma à cette fonction résistante, solidaire et secourable qui, selon Goethe et Kropotkine, caractérise – aussi – l’espèce humaine.

NICOLE BRENEZ

Calendrier des projections

Vendredi 5 septembre 19h30 Jacques Kebadian I

Albertine, le souvenir parfumé de Marie Rose

« Comédie insolente et antiautoritaire, entre fiction et documentaire, Albertine, film-manifeste de l’insurrection de la jeunesse et des désirs, raconte l’histoire d’une adolescente en rébellion contre l’école, la famille rance, la religion et met en scène des jeunes filles et jeunes garçons de 14 à 18 ans qui revendiquent leur droit à une sexualité sans entraves et le droit à l’avortement pour les mineures. » (Aliocha Imhoff & Kantuta Quiros)

Portrait de Michel Chion (extrait)

« Après Madame music je présume que j’ai réalisé au Service de la Recherche sur un scénario de Michel Chion, portrait du compositeur et de sa musique. » (JK)

Trotsky

Avec Patrice Chéreau, Marcel Maréchal, Marcel Bozonnet, François Lafarge, Françoise Renberg, Guy Hocquenghem, Joani Hocquenghem, Pierre-William Glenn, Mic Andrieu, Walter Bal.

« Les fictions lyriques et minimalistes, les archives de la révolution russe, et les films soviétiques, films notoires, films cultes, sont traités sur un pied d’égalité. Chacun se repasse et endosse le manteau, en l’occurrence la veste de cuir, du révolutionnaire ; la révolution est en chacun, chacun en porte le verbe, elle est multiple, plusieurs et tous. » (Franssou Prenant)

Vendredi 5 septembre 21h30 Jacques Kebadian II

En présence de Jacques Kebadian et Franssou Prenant

Cérémonie pour une victoire

« À partir de l’œuvre sculptée d’Ipoustéguy, évocation de la bataille de Stalingrad. L’utilisation de l’endoscope pour les prises de vue permet de brouiller l’échelle des éléments fabriqués par le sculpteur pour évoquer ce drame. » (JK)

Histoires d’une sculpture d’après l’œuvre d’Ipousteguy

« Ipoustéguy a une voix calme, rusée, il n’emploie que le peu de mots nécessaires à la compréhension de tous. Nous l’écoutons, pendant ce temps, il en profite pour sculpter “comme si de rien n’était“. À la magie de son art il a substitué une sorte de conversation contenue, pudique, instructive. » (Michel Butel)

Apsaras 2

« Les Apsaras sont les danseuses du ballet Khmer. Parmi elles la princesse Buppha Devi, fille du prince Sihanouk. » (JK)

Vendredi 26 septembre 19h30 Jacques Kebadian III

Arménie 1900

À travers une figure d’enfant imaginaire, portrait de l’Arménie avant le génocide de 1915.

Buvards

« Le monde d’Aïda, comme toujours de petits personnages graves et doux, arrêtés dans une immobilité rêveuse, saisis dans une espèce d’éternité hantée par la quotidienneté la plus ordinaire. » (Michel Nurisdany)

Les cinq sœurs

« Telle une moderne Shéhérazade, la mère du réalisateur peignant à profusion, a su captiver avec ses couleurs, raconter son histoire. »

Vingt ans après

De 1983 à 2003, de l’Arménie aux États-Unis, entre guerre et tremblement de terre, Jacques Kebadian rend compte du trajet de la famille Hovanessian.

Vendredi 26 septembre 22h Jacques Kebadian IV

Douze jours en Arménie

Journal de voyage inédit.

Paradjanov, souvenir

Entretien avec Serguei Paradjanov (de son vrai nom Sarkis Paradjanian), au lendemain de sa sortie de prison.