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DS Cannes au tapis ! People’tte

Voisin du temple hérétique du podium de canal + , en marge des marches du palais du festival, émergent du tapis sablonneux, un autre palais - impérial celui-là - le Taj Mahal - et autres sculptures éphémères de sable de l’artiste Sudarsan Pattnaik, patronné par l’ambassade d’Inde à Paris. Un vernissage improvisé réunissait ce soir vendredi quelques badauds interloqués et invités sur la grève à partager des petits fours indiens loin des flonflons, strass et paillettes du tapis rouge, et de la façade du Carlton , massacrée pour l’occasion par une affiche de film dont on taira le nom, on ne peut plus kitsch , Stalone en frontispice… trônant comme une idole profane sous les phares ébahis des Porche, Ferrari et autres Maserati, la seule matière grise de la Croisette !

Le tapis rouge plus loin attend impatiemment la venue d’Abel Ferrara , en manque. d’inspiration semble t-il, venu présenter son DSK. DSCannes devrait - on dire- tant l’existence même du film et le thème traité , un énième biopics sur le fric et le cul, qui ne sortira pas sur les écrans mais directement en VOD ( pour 7€ !!! ) - on le comprend comme une économie subsidiaire sur la sortie en salle - devrait faire rougir de honte le tapis , de plus en plus souillé par des cinéastes qui ont du mal à nous faire rêver tant “l’avenir de cette illusion” semble engluer dans le réel et le sordide , à l’inverse, le rêve de pacotille insolent d’opulence et de luxe de Grace ( de Monac !) qui n’a rien de gracieux hélas !

Après le plaidoyer rédempteur d’ Anne Sinclair, les yeux bordés de reconnaissance devant les questions complaisantes de Laurent Delahousse lors de l’émission "Un jour , un destin " diffusée fin avril sur France 2 , lénifiante et auto- édifiante , destinée à redorer le blason sali du couple politico-médiatique ( encore un !) , voici venir, sous le ciel livide et l’atmosphère torpide du festival à demi-éventé , l’autre statue du commandeur - un DSK en Depardieu - Jacqueline Bisset en richissime vertueuse cocufiée ( Adjani ayant refusé !) dans le rôle des " Diaboliques " , pauvre Clouzot !

Cannes s’étire et s’assoupit dans la morne après -midi de mai sous un ciel voilé et le regard désabusé , lunettes noires sur le nez , d’un Marcello Mastroianni ( effigie de la 67 ème session du festival ) qui semble regretter le scandale que provoquait chaque film de l’artisan Fellini, silhouette fantomatique disparue à jamais dans le cimetière marin cannois , emportée par les sirènes festivalesques, prévisibles et sinistres du business movie à esthétique de téléfilm téléréaliste !

Silence, on tourne ! Moteur… en panne !

Et pour les véritables amateurs de Camera obscura on peut toujours se consoler en rentrant dans La Chambre bleue de Mathieu Amalric (2014), d’après SIMENON

© Alfama Films (ex-Alma Films)

Yann Thomas et DjemiLove