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Björn Andresen : « Je suis le plus vieil enfant du monde » ! Djemilove

Tadzio ! Voilà un nom que tout cinéphile qui se respecte connaît ! Mais le bel adonis gracile en tenue de bain et vareuse vénitiennes , la cotonnade rayée bleue et blanc , « belle époque », a fini par faire ombrage à l’acteur qui l’incarnait à 16 ans : Björn Andrésen, 64 printemps bientôt et une distinction intacte.

L’histoire a retenu L’adagio de Mahler, l’agonie d’une ville et de son visiteur , le professeur Von Aschenbach ( Dirk Bogarde) , mourant sous nos yeux dansMort à Venise, victimes tous deux du choléra ressassant les images immortalisées de la « sculpture grecque vivante ». Pourtant, l’ éphèbe en question n’avait rien demandé, et surtout pas la notoriété usurpée qui s’est faite sur son dos d’éros incarné , un peu vain !

Trainé comme un trophée de bars en boîtes par un Visconti tyrannique et vieillissant, un Dirk Bogarde ivre de désir et d’alcool pendant la promotion du film en 1971, avec l’injonction funeste « on ne touche pas au gamin ! », Björn Andrésen avoue amèrement que « ce film lui a tout pris »… Le masque de Tadzio, le rôle écrasant qui le propulse au rang d’’icône tutélaire de bel enfant mutique, totalement passif quoiqu’un peu allumeur, courant sur la plage du Lido , dirigé comme un pantin articulé par celui qui avait lancé une autre étoile – Alain Delon dans Rocco et ses frères - l’ont suivi, hanté et ont fini par lui coller à la peau. Il sera pour l’éternité à Berlin, New York, Londres ou Paris le « petit garçon blond de Mort à Venise ».

Pendant 30 années , son CV est resté vierge, quelques téléfilms suédois, des petits rôles dans un cinéma confidentiel et un destin à la rumeur sulfureuse et tragique : pas loin du piédestal, il y a le caniveau où de sinistres rumeurs le jetèrent parfois : alcool, héroïne, rémission, résurrection - l’acteur a été donné pour mort plusieurs fois…dans un crash d’avion au Mexique, au volant d’une voiture, d’une overdose, on le soupçonnera même d’avoir assassiné un comédien gay à New York…

La légende se construit bien malgré lui, et s’y cristallisent les fantasmes les plus morbides. Aujourd’hui, Björn Andrésen semble avoir retrouvé une identité un peu plus apaisée ou pointe encore l’amertume : toujours aussi beau, ténébreux et altier malgré l’outrage des ans, il avoue avoir pris de la distance avec le cinéma et se consacre à son métier de compositeur et professeur de piano, instrument providentiel qui lui avait permis d’affronter le traumatisme du suicide de sa mère alors qu’il avait dix ans. Loin des ors et dorures des palais vénitiens, il vit avec sa compagne et ses 2 enfants dans un 46 M2 à Stockholm !