Accueil du site

DECADANCE#3 Djemilove

Saint-Valentin : Paul B. Preciado Philosophe Djemilove

En réaction à la tribune polémique publiée par « le Monde », Paul B. Preciado dénonce l’esthétique grotesque de l’hétérosexualité qui maintient les hommes dans la position d’agresseurs et les femmes dans celle de victimes. Lettre d’un homme trans à l’ancien régime sexuel Mesdames, Messieurs, et les autres,

Au milieu des tirs croisés autour des politiques de harcèlement sexuel, je voudrais prendre la parole en tant que contrebandier entre deux mondes, celui « des hommes » et celui « des femmes » (ces deux mondes qui pourraient très bien ne pas exister mais que certains s’efforcent de maintenir séparés par une sorte de mur de Berlin du genre) pour vous donner des nouvelles depuis la position d’« objet trouvé » ou plutôt de « sujet perdu » pendant la traversée.

A LIRE AUSSI Liberté sexuelle : une tribune qui importune

Je ne parle pas ici comme un homme qui appartiendrait à la classe dominante, de ceux à qui l’on assigne le genre masculin à la naissance, et qui ont été éduqués comme membres de la classe gouvernante, de ceux à qui l’on concède le droit ou plutôt de qui l’on exige (et c’est une clef d’analyse intéressante) qu’ils exercent la souveraineté masculine. Je ne parle pas non plus comme femme, étant donné que j’ai volontairement et intentionnellement abandonné cette forme d’incarnation politique et sociale. Je m’exprime ici en tant qu’homme trans. Aussi je ne prétends, en aucune façon, représenter quelque collectif que ce soit. Je ne parle ni ne peux parler comme hétérosexuel, ni comme homosexuel, bien que je connaisse et habite les deux positions, puisque quand quelqu’un est trans, ces catégories deviennent obsolètes. Je parle comme transfuge de genre, comme fugitif de la sexualité, comme dissident (parfois maladroit, puisque manquant de codes préétablis) du régime de la différence sexuelle. Comme auto-cobaye de la politique sexuelle qui fait l’expérience, encore non thématisée, de vivre de chaque côté du mur et qui, à force de le passer quotidiennement, commence à en avoir marre, messieurs et mesdames, de la rigidité récalcitrante des codes et des désirs que le régime hétéro-patriarcal impose.

Laissez-moi vous dire, depuis l’autre côté du mur, que la chose est bien pire que ce que mon expérience de femme lesbienne m’avait permis d’imaginer. Depuis que j’habite comme-si-j’étais-un-homme dans le monde des hommes (conscient d’incarner une fiction politique) j’ai pu vérifier que la classe dominante (masculine et hétérosexuelle) n’abandonnera pas ses privilèges parce que nous envoyons moult tweets ou poussons quelques cris. Depuis les secousses de la révolution sexuelle et anti-coloniale du siècle passé, les hétéros patriarches sont embarqués dans un projet de contre-réforme – auquel se joignent désormais les voix « féminines » qui désirent continuer à être « importunées/dérangées ». Ce sera la guerre de mille ans – la plus longue des guerres, sachant qu’elle affecte les politiques de reproduction et les processus à travers lesquels un corps humain se constitue en tant que sujet souverain. De fait, ce sera la plus importante des guerres, parce que ce qui se joue n’est ni le territoire ni la ville mais le corps, le plaisir et la vie.

Robocop et Alien Ce qui caractérise la position des hommes dans nos sociétés technopatriarcales et hétérocentrées, c’est que la souveraineté masculine est définie par l’usage légitime des techniques de violence (contre les femmes, contre les enfants, contre les hommes non blancs, contre les animaux, contre la planète dans son ensemble). Nous pourrions dire, en lisant Weber avec Butler, que la masculinité est à la société ce que l’état est à la nation : le détenteur et l’usager légitime de la violence. Cette violence s’exprime socialement sous forme de domination, économiquement sous forme de privilège, sexuellement sous la forme de l’agression et du viol. Au contraire, la souveraineté féminine est liée à la capacité des femmes à engendrer. Les femmes sont sexuellement et socialement assujetties. Seules les mères sont souveraines. Au sein de ce régime, la masculinité se définit nécropolitiquement (par le droit des hommes à donner la mort) tandis que la féminité se définit biopolitiquement (par l’obligation des femmes à donner la vie). On pourrait dire de l’hétérosexualité nécropolitique qu’elle est quelque chose comme l’utopie de l’érotisation de l’accouplement entre Robocop et Alien, en se disant qu’avec un peu de chance, l’un des deux prendra son pied…

L’hétérosexualité est non seulement, comme Wittig le démontre, un régime de gouvernement : c’est aussi une politique du désir. La spécificité de ce régime est qu’il s’incarne en tant que processus de séduction et de dépendance romantique entre agents sexuels « libres ». Les positions de Robocop et d’Alien ne sont pas choisies individuellement, et ne sont pas conscientes. L’hétérosexualité nécropolitique est une pratique de gouvernement qui n’est pas imposée par ceux qui gouvernent (les hommes) aux gouvernées (les femmes) mais plutôt une épistémologie fixant les définitions et les positions respectives des hommes et des femmes par le biais d’une régulation interne. Cette pratique de gouvernement ne prend pas la forme d’une loi, mais d’une norme non écrite, d’une transaction de gestes et de codes ayant pour effet d’établir dans la pratique de la sexualité une partition entre ce qui peut et ce qui ne peut se faire. Cette forme de servitude sexuelle repose sur une esthétique de la séduction, une stylisation du désir et une domination historiquement construite et codifiée érotisant la différence du pouvoir et la perpétuant. Cette politique du désir est ce qui maintient l’ancien régime sexe-genre en vie, malgré tous les processus légaux de démocratisation et de d’empowerment des femmes. Ce régime hétérosexuel nécropolitique est aussi dégradant et destructeur que l’étaient la vassalité et l’esclavage à l’époque des lumières.

Il faut modifier le désir

Le processus de dénonciation et de visibilisation de la violence que nous vivons fait partie d’une révolution sexuelle, qui est aussi imparable qu’elle est lente et sinueuse. Le féminisme queer a situé la transformation épistémologique comme condition de possibilité d’un changement social. Il s’agissait de remettre en question l’épistémologie binaire et la naturalisation des genres en affirmant qu’il existe une multiplicité irréductible de sexes, de genres et de sexualités. Nous comprenons aujourd’hui que la transformation libidinale est aussi importante que la transformation épistémologique : il faut modifier le désir. Il faut apprendre à désirer la liberté sexuelle.

Pendant des années, la culture queer a été un laboratoire d’invention de nouvelles esthétiques de sexualités dissidentes, face aux techniques de subjectivation et aux désirs de l’hétérosexualité nécropolitique hégémonique. Nous sommes nombreux à avoir abandonné il y a longtemps l’esthétique de la sexualité Robocop-Alien. Nous avons appris des cultures butch-fems et BDSM, avec Joan Nestle, Pat Califia et Gayle Rubin, avec Annie Sprinkle et Beth Stephens, avec Guillaume Dustan et Virginie Despentes, que la sexualité est un théâtre politique dans lequel le désir, et non l’anatomie, écrit le scénario. Il est possible, à l’intérieur de la fiction théâtrale de la sexualité, de désirer lécher des semelles de chaussure, de vouloir être pénétré par chaque orifice, ou de chasser l’amant dans un bois comme s’il était une proie sexuelle. Cependant, deux éléments différentiels séparent l’esthétique queer de celle de l’hétéro normation de l’ancien régime : le consentement et la non-naturalisation des positions sexuelles. L’équivalence des corps et la redistribution du pouvoir. Esthétique de l’hétérosexualité

Comme homme-trans, je me désidentifie de la masculinité dominante et de sa définition nécropolitique. Ce qui est le plus urgent n’est pas de défendre ce que nous sommes (hommes ou femmes) mais de le rejeter, de se dés-identifier de la coertion politique qui nous force à désirer la norme et à la reproduire. Notre praxis politique est de désobéir aux normes de genre et de sexualité. J’ai été lesbienne la plus grande partie de ma vie, puis trans ces cinq dernières années, je suis aussi loin de votre esthétique de l’hétérosexualité qu’un moine boudhiste lévitant à Lhassa l’est du supermarché Carrefour. Votre esthétique de l’ancien régime sexuel ne me fait pas jouir. Ça ne m’excite pas « d’importuner » qui que ce soit. Ça ne m’intéresse pas de sortir de ma misère sexuelle en mettant la main au cul d’une femme dans les transports en commun. Je ne ressens aucune sorte de désir pour le kitch érotico-sexuel que vous proposez : des mecs qui profitent de leur position de pouvoir pour tirer un coup et toucher des culs. L’esthétique grotesque et meurtrière de l’hétérosexualité nécropolitique me débecte. Une esthétique qui re-naturalise les différences sexuelles et situe les hommes dans la position de l’agresseur et les femmes dans celle de la victime (douloureusement reconnaissante ou joyeusement importunée).

S’il est possible d’affirmer que dans la culture queer et trans nous baisons mieux et plus, c’est d’une part parce que nous avons extrait la sexualité du domaine de la reproduction et surtout parce que nous nous sommes dégagés de la domination de genre. Je ne dis pas que la culture queer et transféministe échappe à toute forme de violence. Il n’y a pas de sexualité sans ombres. Mais il n’est pas nécessaire que l’ombre (l’inégalité et la violence) prédomine et détermine toute la sexualité.

Représentants et représentantes de l’ancien régime sexuel, débrouillez-vous avec votre part d’ombre and have fun with it, et laissez-nous enterrez nos mortes. Jouissez de votre esthétique de la domination, mais n’essayez pas de faire de votre style une loi. Et laissez-nous baiser avec notre propre politique du désir, sans homme et sans femme, sans pénis et sans vagin, sans hache et sans fusil.

F.J. Ossang, Larry Clark, Lech Kowalski… Les rebelles du cinéma "Rebel Rebel". Djemilove

Les Journées cinématographiques dionysiennes reviennent du 7 au 13 février 2018 au cinéma L’Écran de Saint-Denis (93). Pour cette 18e édition intitulée REBEL REBEL, elles dresseront un grand panorama de la rébellion à l’écran, avec plus de soixante-dix films (inédits, avant-premières, classiques) et de nombreuses rencontres en présence de cinéastes, critiques ou membres de la société civile. Qu’ils soient marginaux, hors-la-loi, esprits libertaires ou leaders politiques, les rebelles peuplent les grands classiques du cinéma, autant que le film militant ou le cinéma d’exploitation. Le rebelle est celui qui refuse tout compromis, partagé entre idéalisme et violence, il dresse souvent par son action le portrait d’une époque en crise. Si cette rébellion est souvent flamboyante, elle peut aussi se faire plus discrète : nos héros et héroïnes deviennent rebelles dès lors que – par leur seule force – ils décident de refuser notre monde et sa logique. En parallèle de leurs personnages, de nombreux artistes ont aussi fait de la rébellion et de la rupture esthétique leur mode premier de réalisation. Leurs films en tout points subversifs deviennent alors des remises en question radicales de l’art cinématographique.

Invité d’honneur LARRY CLARK

Carte blanche F.J. OSSANG

version polar J.P. MOCKY

Master Class TONY GATLIF

Performance LECH KOWALSKI

Rebel Rebel, 18es Journées cinématographiques dionysiennes. Jusqu’au 13 février. Cinéma L’Ecran, 14, passage de l’Aqueduc, 93 Saint-Denis. Tarifs : 4-7 €.

Une réalité au salon VIRTUALITY 2018 Flâner

Le salon Virtuality : une démonstration au CENTQUATRE-PARIS du jeudi au samedi 10 février. Une réalité virtuelle.

Nuage interstellaire... Alexandre Vauthier Frimer

ALEXANDRE VAUTHIER

HAUTE COUTURE PRINTEMPS-ÉTÉ 2018

Les lunettes Alain Mikli eighty Alexandre Vauthier

Le livre "Simon Bocanegra photographe"

Un crayon plein de douceur... L’artiste Cédric Rivrain.

Olivier Saillard-Violeta Sanchez habillent la mode pour l’hiver !

`

Saad-allah Wannous

Né en 1941 en Syrie. Après des études en Égypte, Saad-allah Wannous devient rédacteur dans différentes revues littéraires et politiques. Après un séjour à Paris, où il étudie le théâtre, il se consacre à cet art comme auteur dramatique cherchant construire un théâtre arabe contemporain. Puis il crée le festival d’art dramatique de Damas, et participe à la création de la revue La Vie théâtrale. Son écriture, qui ne refuse pas les influences occidentales tout en restant très proche des formes orientales, le rendra célèbre dans de nombreux pays grâce aux traductions réalisées dans une dizaine de langues. Rituel pour une métamorphose a paru en 1994 en arabe, en 1996 en français, avant son décès en 1997.

Punk - Une esthétique

Editions Rizzoli "Le mouvement punk était en soi une culture dégradable. Tous les fanzines, flyers et posters étaient fabriqués à bas prix, à la sauvette : la photocopieuse était reine, le papier de mauvaise qualité et les originaux le plus souvent égarés. Le mode de vie aléatoire des principaux acteurs du mouvement, qu’ils soient fans, musiciens, écrivains ou artistes, renforçait ce caractère éphémère. Par définition, la contre-culture n’alimente pas sa propre documentation", Johan Kugelberg.

Sous la direction de Johan Kugelberg et Jan Savage, avec les contributions de William Gibson, Linder Sterling et Gee Vaucher, Punk, une esthétique, retrace en images les origines, l’évolution et l’influence du mouvement. www.rizzoliusa.com REI KAWAKUBO STYLISTE DE COMME DES GARÇONS

"Dog Transgenre"...

Billy Boy & Lala 2006.

Marie Laure de Decker Marie Laure de Decker, oeil du demi siècle. Depuis 1972, Marie Laure parcourt la planète pour en fixer les évènements majeurs. Reporter-photographe de renom, collaboratrice de l’agence Gamma, elle parcourt le monde et témoigne en faveur des artistes. Conflits et rencontres au XXe siècle, rien n’a échappé à son objectif. Proche des artistes, elle a réalisé de très nombreux portraits : Gilles Deleuze, Pierre- Jean Jouve, Patrick Modiano, Gabriel Garcia-Marquez, Satyajit Ray, Marguerite Duras, Marguerite Yourcenar, Jacques Prévert, Orson Welles etc ...